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Préambule
À Madagascar, la nuit du 29 mars 1947, des militants nationalistes attaquent la caserne de Moramanga pour s'emparer des armes.
L'attaque échoue et au matin, les soldats prennent leur revanche en massacrant la population et incendiant les villages voisins.
Deux jours après, sur ordre du ministre des colonies du cabinet Ramadier, le socialiste Marius Moutet, des renforts sont envoyés dans la région pour une opération punitive. Au cri de « mort aux cafards », des milliers de civils sont abattus ou massacrés à la baïonnette.
La pacification de Madagascar est le grand oublié des massacres coloniaux de l'après-guerre, la France y testant de nouvelles armes et sa stratégie anti-insurrectionnelle.
La guerre, la famine et les épidémies dans les camps feront plus de 300.000 morts, la répression visant à éliminer tout particulièrement les cadres.
Déroulement des évènements
Sam 29 mars, 1947, 20h
Près de deux mille insurgés ont attaqué ce soir un camp militaire tenu par l'armée d'occupation, près d'un noeud de communication ferroviaire à Moramanga. Ce camp aurait dû servir de relais pour les troupes envoyées en Indochine, où la France fait face à la guerilla du Vietminh.
Les insurgés ont réussi à éliminer les officiers français, mais les tirailleurs sénégalais résistent.
Sam 29 mars, 1947, 22h Dans le Sud, des insurgés s'emparent du terminus côtier de la voie qui va à Fianarantsoa.
Dim 30 mars, 1947 Au Nord, les tirailleurs ont repoussé les assaillants, qui se sont repliés mais ont soulevé toute la population. Victoire politique pour le peuple Malgache.
Ce matin, l'Armée Française a massacré toute la population malgache de Moramanga. Victoire militaire pour les colons :
"Au petit jour, le Sénégalais furieux du massacre de leur marabout et de leurs camarades envahissent [...] Moramanga et exercent des représailles contre la population.
Bientôt des centaines de cadavres jonchent les rues et les champs.
Toutes les maisons sont incendiées et, en quelques jours, le bourg n'est plus qu'un amas de cendres.
A midi, le haut commissaire arrive. Il ne trouve pas un survivant."
Déclaration des insurgés du Sud : "C'est le jour où nous nous libérons du joug de la colonisation. Nous avons combattu cette nuit et nous continuerons à nous battre".
On compte près de un million de soulevés dans cette seule région.
Moramanga, l'Ouradour malgache
Lun 31 mars, 1947
Le corps expéditionaire français débarquant à Tamatave Des renforts arrivent dans la région de Moramanga.
"[...] les Sénégalais en fureur nettoient complètement la région, avec l'aide des renforts. Tout ce qui bouge est lardé de coups de baïonettes. En trois jours, des milliers d'indigènes sont tués..."
"Les représailles sont effrayantes. Des prisonniers malgaches sont chargés en avion et lâchés vivants au dessus des villages dissidents comme 'bombes démonstratives'. A d'autres endroits, les rebelles, enfermés dans des cases, sont brûlés vifs."
Mar 1 avril, 1947 Marcel Baron, chef de la sûreté, organise la terreur dans les villes, toujours tenues par les français. Il commence à armer militaires, policiers et colons.
A Fianarantsoa, on fusille des insurgés tous justes faits prisonniers sous pretexte d'une fausse tentative d'évasion.
A Mananjary, une cinquantaine de détenus malgaches (parmi lesquels se trouvaient des anciens combattants des 1914-1918) ont été abattus en prison ou dans le bâtiment des douanes.
Mer 2 avril, 1947
"[Le MDRM va-t-il désavouer la violence ou] s'engager dans la dangereuse voie du Viêt-minh ?", publie le Monde. "[Il s'agit d'une] campagne d'agitation généralisée", "les troubles ont lieu sur plusieurs points de l'île".
Au conseil des ministres, Moutet a affirmé que le MDRM était un parti "raciste et nationaliste qui [n'a] en vue que l'oppression par les Hovas du reste de la population après élimination des Européens".
Jeu 3 avril, 1947
Raseta et Ravoahangy, deux des députés malgaches
"Le calme est rétabli à Madagascar", titre France-Soir. "Les rebelles agiraient en liaison avec un parti politique".
Sur l'île d'autres colons sont tués, des concessions brûlent.
Les insurgés tentent de s'emparer de Fianarantsoa.
Le Franc-Tireur publie une interview de Raseta, le député malgache resté à Paris. Celui-ci dément toute implication du MDRM et démonte la thèse ridicule d'un complot ourdi par les Hovas contre les "côtiers", soulignant justement que beaucoup de "côtiers" se sont révoltés (il suffit de regarder la carte).
Les insurgés occupent Vohipeno, dans le Sud.
4-12 avril, 1947
France-Soir parle le 10 avril de "mystérieux émissaires venus clandestinement d'Indochine" qui auraient provoqué les troubles.
Marcel Baron fait arrêter illégalement les deux députés malgaches présents à Tananarive, Joseph Ravoahangy et Jaques Rabemananjara.
Il obtient d'eux des aveux - couvert par les magistrats français, il applique des méthodes que l'on ne dénoncera que plus tard, pour l'Algérie.
Le MDRM est dissous à Madagascar.
Mer 16 avril 1947
Conseil des Ministres houleux en France. Les ministres communistes ne suivent plus le reste du gouvernement sur les affaires du VietNam et de Madagascar, et Maurice Thorez quitte la scéance avec ses ministres.
Le PCF, dans l'Humanité, dénonce l'illégalité de l'arrestation des députés malgaches.
Ven 18 avril 1947
Les députés ont été inculpés, pour "flagrant délit continu".
France-Soir justifie, sous la plume de Pierre Thibault, l'inégalité de la procédure : dans son article intitulé "Nécessité fait loi", il invoque "la souveraineté française mise en péril" pour justifier les mesures nécessaires pour "protéger la vie [des français]".
De fait, d'autres colons sont tués, les concessions brûlent. Les insurgés ont organisé des zones libérées.
Date de création : 09/06/2004 @ 10:10
Dernière modification : 09/06/2004 @ 10:10
Catégorie : Les grands évènements
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